EDITO 2020

Jamais l’avenir proche de notre pays, depuis qu’il est plongé dans une crise systémique qui a mis la planète sens dessus dessous et dont nul ne saurait prédire aujourd’hui l’issue, n’aura été obscurci par tant d’inconnues.

Une seule certitude dans le chaos actuel s’impose :« le jour d’après ne sera pas un retour aux jours d’avant », comme l’a dit le Président de la République au début de la crise.

De toutes les interrogations, la plus fondamentale est celle de savoir si ce monde à bout de souffle qui se meurt dans d’ultimes soubresauts de plus en plus violents et rapprochés sortira grandi et meilleur de la crise qui le dévaste.

Si, aujourd’hui, les peuples versent « sang, sueur et larmes », il leur faudra aussi faire leur cette autre injonction Churchillienne autrement constructive « Never waste a crisis » et donner raison à Nietzsche quand il disait que « du chaos peut naître l’étoile ».

Dans quel monde allons-nous vivre demain ? Quelle place va y prendre l’Europe ? Quel destin va y trouver la France ?

Pour être au cœur du grand « chamboule tout » qui se prépare, les entreprises multinationales réunies lors des Etats de la France ont des convictions à porter qui leur semblent fondatrices de ce monde meilleur auquel, comme tout un chacun, elles aussi aspirent.

Si la crise a révélé les dégâts causés par les excès de la mondialisation, le monde doit demeurer l’espace de prédilection de toute entreprise ambitieuse et conquérante. Il serait suicidaire – et la crise l’a aussi révélé – que le monde de demain se construise autour de frontières qui se ferment et d’Etats qui se rétractent et se replient en se « confinant » dans des attitudes égoïstes et malthusiennes qui immanquablement les feraient entrer en hibernation.

L’Europe quant à elle, bien avant la crise, était à la croisée des chemins et se trouve désormais placée devant « un moment de vérité ». La crise, de façon cruelle, a révélé les faiblesses, les failles et les fragilités d’une Europe qui aura démontré, telle la langue d’Esope, le pire et le meilleur. Le pire avec le vol entre Etats de masques sanitaires et le meilleur avec l’accueil de patients atteints du Covid19 dans des démarches transfrontalières.

Une Europe qui d’abord inerte et débordée aura aussi su, après avoir hésité et tergiversé, transcender ses égoïsmes pour accompagner les Etats dans la relance de leurs économies à l’occasion de l’accord historique du 21 juillet qui dessine les contours d’une Europe plus solidaire et intégrée. Convaincus de longue date que le destin de la France passe par celui de l’Europe, les Etats de la France appelleront à sa refondation avec l’espoir qu’une fois encore, comme le prédisait Jean Monnet, elle sorte grandie de la crise existentielle et identitaire qu’elle traverse.

La France quant à elle, comme l’ont fait tous les pays, a de façon légitime paré au plus pressé en organisant une gestion de crise reposant sur le grand retour de l’Etat. Mais après le temps de l’Etat, doit sonner celui de l’entreprise. Notre salut ne saurait en effet reposer sur une France qui retombe dans ses vieux travers, qui cède à ses vieux démons et qui redonne crédit aux vieilles lunes d’un « État providence » qui ont si longtemps pénalisé sa compétitivité et son attractivité.

Dans ce nouveau monde à construire, qui devra être plus respectueux des hommes et de la nature, autour de valeurs qui font partie du patrimoine français, notre pays dispose de tous les atouts pour inspirer, rayonner et attirer.

Voici 3 ans que les Etats de la France, qui s’apprêtaient cette année à célébrer son émergence au rang de première destination européenne pour les investissements étrangers, ont salué le retour en grâce de notre pays auprès des investisseurs internationaux.

Cette crise va-t-elle remettre en cause les performances inédites de la France en matière d’attractivité ? Va-t-elle être victime du procès de la mondialisation que certains vont immanquablement dresser ? Va-t-elle au contraire tirer profit d’une mondialisation plus vertueuse ? Quels atouts notre pays doit-il valoriser notamment dans le domaine de la transition écologique et numérique pour répondre aux nouvelles attentes qui vont émerger ? La quête de plus de souveraineté et de sécurité va-t-elle pénaliser notre pays ou au contraire celui-ci va-t-il profiter des inévitables relocalisations que la crise va entraîner ? Une reprise plus molle ici et des plans de relances plus ambitieux ailleurs risquent-ils d’amener les investisseurs étrangers à privilégier d’autres pays que le nôtre dans leurs projets de développement ?

Telles sont les questions qui vont structurer les débats que nous aurons le 25 novembre prochain.

Les entreprises à capitaux étrangers, qui sont la « Légion étrangère » de l’économie française, se déclareront aussi, lors des Etats de la France, mobilisées pour partager le « projet français » auquel le Président de la République a fait allusion dans son allocution du 13 avril, celui de nous réinventer pour retrouver la maîtrise de notre destin et faire gagner la France.

Telles sont les convictions et les ambitions, qu’en ces temps graves mais qui sont aussi prometteurs, porteront les Etats de la France qui, même s’ils ne pourront se tenir à la Sorbonne, se retrouveront sous les auspices de l’idéal du « vivre collégialement » de Robert de Sorbon.

 

Bien à vous,

Denis Zervudacki,

Fondateur des Etats de la France