Edito

Etat de la France

Madame, Monsieur,

L’année 2010 est imprévisible, elle sera donc passionnante !
Maîtriser cette incertitude, partager cette passion : telle est l’ambition de la quatrième édition des Etats de la France qui se déroulera le 12 novembre au Palais du Luxembourg.

Depuis deux ans, plus encore à partir de l’été 2008, l’économie mondiale affronte sa crise la plus grave de l’après-Guerre. En réalité, il ne s’agit pas d’une crise, mais d’une multitude de crises, que le regard peine à embrasser dans leur globalité, tant leurs symptômes, spectaculaires, masquent des causes souterraines, autrement plus déterminantes. Comprendre n’a jamais été aussi difficile. Jamais aussi nécessaire.

Le film des événements est connu. La bulle financière a éclaté sous la pression d’un endettement débridé et de politiques monétaires laxistes. Le système bancaire a failli s’effondrer, révélant l’impuissance des contrôles censés le réguler. La récession est le prix à payer pour une contraction du crédit et des liquidités qui, avant des interventions publiques massives, s’apprêtait à paralyser l’activité. Des secteurs entiers luttent contre la dépression. Le chômage s’emballe à un rythme jamais observé depuis les années 30.
Les recettes fiscales implosent autant que les dépenses de relance explosent, provoquant le creusement sans contrôle des déficits publics.

En apparence, tous les ingrédients sont donc réunis pour que l’économie soit durablement atteinte, qu’une crise sociale devienne inéluctable, que les réflexes protectionnistes s’enclenchent, avec les tensions géopolitiques qui vont de pair. La conjonction de ces désordres menaçant d’entraîner la planète dans une forme de chaos.

C’est une vision, mais ce n’est pas la nôtre. Ce n’est pas plus celles des cinq entreprises internationales présentes en France – Accenture, Barclays, Cisco, GE et Siemens – qui organisent avec nous les Etats de la France. Et ce n’est certainement pas celles des responsables – chefs d’entreprise, diplomates, fonctionnaires, financiers, universitaires, chercheurs… – auxquels ces débats sont tout particulièrement réservés. Destinée à accroître la connaissance, notre initiative se veut aussi porteuse d’espérance.

Certes, et malgré de moins sombres indices depuis l’été, nul ne sait aujourd’hui quand et, surtout, dans quel état « l’économie monde » échappera à la spirale dangereuse qui la brasse. Fin 2009 ? En 2010 ? Plus tard encore ? Les spéculations vont bon train sur les scénarios de « sortie de crise » : chaque dirigeant trouvera aux Etats de la France de quoi forger sa conviction. Mais passé le premier instant de panique causée par la brutalité de l’effondrement, il est devenu évident que derrière une crise de déséquilibres classique, fût-elle d’une ampleur exceptionnelle, c’est un nouveau monde qui accélère sa mue.
Dans la douleur, comme toutes les (re)naissances.
Si la crise permet d’introduire un meilleur équilibre dans le système, elle n’aura pas été inutile. Si elle se conclut par un colmatage, les dégâts qu’elle cause auront été en pure perte.

En fait, cette transformation a débuté il y a plusieurs décennies. Son moteur s’appelle la mondialisation. Son carburant, les technologies de l’information et de la communication. Son ressort, une productivité record. Ses nouveaux pilotes, les pays d’Asie, Chine en tête. Sa feuille de route, une croissance plus respectueuse des ressources naturelles et des équilibres de la planète. Ses mécanos, des entreprises de plus en plus internationalisées et efficaces. Sa vitesse : sans limite ! Avec, à proportion de ce changement d’échelle, des pannes de plus en plus fréquentes, des accidents de plus en plus coûteux. Le basculement vers ce monde nouveau et les soubresauts inhérents sèment un champ d’une fécondité exceptionnelle pour nourrir la réflexion, l’analyse et le débat. Toutes les certitudes vacillent, ce qui suscite l’inquiétude mais libère surtout un formidable espoir. L’oeil doit constamment accommoder sur différentes focales. Dans le champ de vision court : combien de temps durera la récession ? La paix sociale pourra-t-elle résister aux tensions nées du chômage, de l’exclusion et des nouvelles inégalités ? Les Etats font-ils ce qu’ils doivent pour hâter le retour de la croissance ? La dette abyssale ne compromet-elle pas le redémarrage de l’activité ? Les équilibres économiques et géopolitiques entre l’Amérique, l’Europe, l’Asie seront-ils bouleversés par la crise ? A distance plus lointaine, les questions sont tout aussi cruciales. Quels habits revêtira ce nouveau capitalisme, dépouillé de ses vieux oripeaux ? Quels en seront les acteurs dominants, pays, entreprises, institutions ? L’appel du G20 à un surcroît de régulation est-il justifié, voire seulement réaliste ? La croissance verte est-elle un salut ou bien un leurre ? Comment les démocraties et ses représentants devront-ils s’adapter à cette ère nouvelle ? Vers quoi porteront aspirations ou revendications des citoyens, des consommateurs, des salariés ?

Toutes ces questions, et bien d’autres, seront au coeur de cette nouvelle édition des Etats de la France, organisée, comme les années précédentes, en quatre grands chapitres : conjoncture économique, conjoncture politique, conjoncture sociale, conjoncture internationale. Il n’y a qu’une seule question à laquelle la situation que nous vivons apporte une réponse incontestable : le sort de la France – et de l’Europe – est définitivement scellé à celui du reste du monde. Cela ne tarit nullement les spéculations passionnées et passionnantes sur la pertinence et les ambitions prosélytes d’un modèle français auquel la crise redonnerait une seconde jeunesse. Mais même ce modèle-là est à réinventer, sur des bases économiques, politiques et sociales inédites. Et il ne pourra l’être sans se mesurer en permanence aux contraintes et aux opportunités d’une économie globalisée. Nos discussions intégreront cette nécessité, en confrontant les points de vue des meilleurs experts français et étrangers dans un effet de miroir désormais devenu la marque de fabrique des Etats de la France.

Nous comptons sur vous. Sur votre présence, le 12 novembre au Palais du Luxembourg.
Mais aussi sur votre participation active à l’enrichissement de notre savoir collectif.