Edito

Etat de la France

Madame, Monsieur,

« Quelle France en 2012 ? Quelle France en 2017 ? » : jamais depuis la création des Etats de la France, l’ambition assignée à cette rencontre, dont la sixième édition aura lieu le 6 décembre à l’Assemblée nationale où nous serons accueillis par le Président Accoyer, n’a traduit à ce point la difficulté de la tâche. Ni autant garanti le caractère passionnant que celle-ci va revêtir. Si peu de temps avant l’événement, en effet, il n’est pas interdit de poser également cette question : « Dans quel état seront la France et le Monde le 6 décembre 2011 ? »

La planète est plongée dans une crise à laquelle les développements de l’été dernier confèrent une dimension systémique que l’on disait encore impensable il y a peu. Aujourd’hui, nul ne sait prédire ses prochains épisodes, encore moins imaginer le scénario qui permettra d’y mettre fin. Le fait le plus frappant dans le chaos actuel n’est pas tant la spirale financière, puis économique, puis sociale, qui se déroule inexorablement, mais l’impuissance apparente des responsables économiques et politiques à s’unir pour l’enrayer. S’ils semblent encore hésiter à promettre aux peuples « du sang et des larmes », ils n’ont pas encore fait leur une autre injonction churchillienne, moins connue mais autrement plus constructive : « Never waste a crisis! ». Les chefs d’entreprises, qui au quotidien doivent imaginer, créer et innover pour s’adapter au monde, savent probablement mieux que quiconque que la crise peut être source d’opportunités, et donnent raison à Nietzsche quand il affirmait que « du chaos peut naître l’étoile ».

Depuis trois ans, les Etats de la France ont tempéré le pessimisme légitime qu’alimente une situation de plus en plus périlleuse par la conviction que celle-ci ne devait pas porter le nom de « crise », mais bien celui de « mutation ». Celle-ci nous fera passer d’un monde à bout de souffle, qui tarde à mourir dans des soubresauts de plus en plus violents et rapprochés, à un modèle nouveau dont l’avènement prendra une génération à s’imposer.

Notre feuille de route, le 6 décembre, sera fidèle à notre tradition : interpréter le court terme pour se projeter à moyen et long terme. Avec humilité, dans le premier cas ; avec volontarisme, dans le second. Grâce, dans les deux cas, à la pertinence que nous autorise un parterre d’experts hors pair. C’est cet esprit de conquête que les chefs d’entreprises (Accenture, Barclays, Cisco, GE et Siemens), qui ont voulu ce rendez-vous annuel des Etats de la France, souhaitent insuffler en ces temps troublés. Seule concession à l’actualité politique dominante en France, nous avons fait du terme du mandat du prochain Président de la République, en 2017, l’horizon symbolique de nos débats. Une échéance majeure pour notre pays, et peut-être, espérons-le, l’occasion d’engager l’aggiornamento qu’appelle la crise.

C’est un constat de plus en plus partagé : la crise actuelle souffre d’abord d’un déficit cruel dans l’établissement du bon diagnostic pour définir le bon remède. Notre approche en découlera directement : quelle France voulons-nous pour 2017 et quelles sont les questions à instruire pour engager ce qui s’apparente à une reconstruction, dans un environnement qui n’a rien à voir avec celui de 1945, mais dont les défis qu’il nous impose ne sont pas moins vertigineux ?

Comme chaque année, quatre tables rondes accueilleront nos discussions : conjoncture économique, conjoncture politique, conjoncture sociale, conjoncture internationale. Michel Maffesoli assurera la lecture de la mi-journée et notre conclusion réunira quatre jeunes, en première ligne pour inventer ce nouveau modèle dont les débats précédents auront permis d’esquisser les contours. Deux innovations s’ajouteront à ce dispositif très attendu. Chaque table ronde sera ouverte par la présentation des résultats d’une enquête réalisée par l’INSEAD – The Business School for the World, auprès de titulaires de MBA français et étrangers, jeunes ou expérimentés. Et elle sera close par Frère Samuel, contributeur fidèle des Etats de la France.

Nous comptons sur vous. Sur votre présence le 6 décembre prochain, à l’Assemblée nationale. Et sur votre participation aux réflexions fécondes qui façonnent la réputation de cet événement depuis l’origine.

Denis Zervudacki                                                Dipak C.Jain
Fondateur des Etats de la France                    Doyen de l’INSEAD