Edito

Etat de la France

Madame, Monsieur,

La France connaît aujourd’hui son principal défi : réconcilier le politique et l’économie. C’est à cette ambition, dont dépendent sa place en Europe et dans le monde, et l’avenir de ses enfants, que les États de la France dédient leur 7e édition, qui se tiendra le 5 décembre prochain au Conseil économique, social et environnemental, à l’invitation de son Président Jean-Paul Delevoye.

Secouée depuis près de 4 ans par une crise majeure, la France continue d’être confrontée à ses vents mauvais et vient de confier son destin à un nouveau Président dont l’ambition est de “redresser la France dans la justice”. Nos États de la France s’interrogeront sur la capacité
de notre pays à “concilier compétitivité et équité”. Dans les deux cas, l’enjeu reste le même : pas de prospérité sans équité, pas de justice sans croissance.

“Il n’est de bon vent que pour ceux qui ont un cap”, disait Sénèque. La France, dont l’économie est aujourd’hui encalminée, a changé de capitaine, mais a-t-elle trouvé son cap ? La question dépasse la politique hexagonale : il n’est pas certain que les urnes lui apportent une réponse plus assurée aux États-Unis, dans quelques semaines, et en Allemagne, l’an prochain. Au-delà des perturbations des marchés et de leur indigestion de dettes, de l’exténuation du vieux monde et des premiers doutes dans les pays plus jeunes, des bataillons de chômeurs pour l’heure résignés, mais un jour peut-être indignés ou révoltés, l’effet le plus dévastateur de la crise est sans doute de jeter une lumière crue sur l’apparente impuissance de la politique à l’affronter et sur les difficultés de ses clercs à se renouveler au rythme des mutations dont ils devraient pourtant être l’avant-garde.

La conciliation du redressement des finances publiques, de la restauration de la compétitivité et de l’instauration de la confiance autour de la juste répartition des efforts est un casse-tête qui reste entier, en France, mais aussi en Europe. La décision la plus positive des derniers mois est venue de la Banque centrale européenne, non des instances politiques de l’Union ni de ses gouvernements. L’autorisation qu’elle s’est accordée de racheter, sous condition, les dettes des États a laissé percer “un rayon de soleil dans l’eau froide” dans laquelle l’Europe se débat. Mais elle ne soulage en rien l’ardente obligation des responsables politiques de trouver les clefs qui permettront de sortir de la crise et d’échapper au déclin.

Affaire de pilotage, mais surtout de courage. Le gouvernement français vient d’en faire preuve, qui vient de décider un plan de rétablissement budgétaire inédit. Mais celui-ci n’a guère de chance de réussir – les cas de la Grèce, de l’Espagne, de l’Italie et même de l’Angleterre en témoignent – s’il n’est pas accompagné de réformes de nature structurelle et d’une action vigoureuse et longue en faveur de la croissance et donc de la compétitivité, durement dégradée au cours des dix dernières années. Or sur ce sujet, l’incertitude demeure. Quant au troisième terme de l’équation, la justice, son contenu doit, à l’évidence, être revisité. En ne lui donnant qu’une application fiscale, qui pèse d’ailleurs lourdement sur les entreprises et leur compétitivité, le gouvernement a cédé à l’urgence. Mais qui ne voit que c’est la transformation en profondeur du modèle social français qui serait le véritable test de sa capacité à conjuguer compétitivité et équité ?

C’est à la recherche de cette équation que les chefs d’entreprises partenaires des États de la France (Accenture, Groupe Adecco France, BASF, General Electric et Siemens) vous invitent à débattre avec les meilleurs experts, le 5 décembre prochain.

Pour eux et pour tous ceux qui seront réunis lors des États de la France et qui en sont les avocats auprès de leurs maisons-mères, compétitivité signifie attractivité d’une France où les sociétés à capitaux étrangers représentent le tiers de son PIB, le quart de ses emplois industriels, 34 % de ses exportations industrielles, 27 % de l’investissement industriel et 20 % des dépenses de R&D.

Trouver les voies de l’équilibre entre compétitivité et équité sera au coeur des débats des quatre tables rondes des États de la France – économique, sociale, internationale et politique – qui seront nourries par la désormais très attendue étude mondiale réalisée par l’INSEAD – The Business School for the World – et par les contrepoints réguliers du Frère Samuel. Des débats qui nous permettront de réaliser une photographie sincère de la France dans l’Europe d’aujourd’hui et, mieux encore, d’esquisser la mue que l’une et l’autre doivent opérer pour rompre avec le poison du pessimisme.

Nous comptons sur vous pour joindre votre voix à celles des États de la France et des entreprises qui les soutiennent. Et pour imaginer ensemble le mariage réussi de la
compétitivité et de l’équité.